La jonction du haut avec le bas (la divine vie)

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Inspiré d’un enseignement de rav Pinches Friedman (1)

Dans un article précédent, nous avons vu qu’il fallait tenter d’accomplir chacune de nos actions dans un but spirituel :

–       Que toutes tes actions soient au nom de D.ieu (2)
–       Dans tous tes chemins, connais-Le (3)

Développons un peu plus cette idée… 

Le Tétragramme, nom de D.ieu, est composé comme son nom l’indique de quatre lettres (Youd – Hei – Vav – Hei). La kabbala précise que les deux premières sont « séparées » des deux dernières depuis l’exil : l’unité de D.ieu n’est plus visible.

Un passage du Zohar (4) explique que ces quatre lettres proviennent des initiales du verset « ישמחו השמיים ותגל הארץ  / Que les cieux se réjouissent et que la Terre soit dans l’allégresse » (5). Ici, les deux premières lettres du nom Divin (les plus élevées) sont liées aux cieux et les deux dernières à la Terre.

Rabbi Haym Tyrer fait remarquer (6) qu’en hébreu,  les deux premières lettres (Youd י et Hei ה), plus spirituelles, se retrouvent souvent dans des mots désignant des actes matériels :

AHila – la nourriture – אכילה
Chetiya – la boisson – שתיה
AliHa – la marche – הליכה
China – le sommeil – שינה
SiHa – la discussion – שיחה
Biya – la reproduction – ביאה

Face à cela, les deux dernières lettres (Vav ו et Hei ה), les moins spirituelles, se retrouvent dans des mots liés à la Thora et aux mitsvot :

Torah – תורה
Avoda – service divin – עבודה
Kedoucha – sainteté – קדושה
Mistva – מצוה

Constatation assez surprenante car en toute logique cela aurait du être l’inverse… Les lettres les plus spirituelles auraient dû être consacrées à des mots saints et les lettres moins élevées à un usage plus humain.

Cela nous enseigne un message intéressant.

C’est justement lorsque nous sommes engagés à faire des actes humains qu’il faut se rattacher encore plus à la spiritualité, en les réalisant « Léchem chamaym / au nom de D.ieu ». Nous devons certes garder en tête que ces activités nous fournissent la force pour nous engager dans le service divin mais plus que cela : ces fonctions humaines, réalisées en bonne et due forme, constituent réellement une partie du service divin. Achem a fait en sorte que l’on ait des besoins physiologiques. Les faire correctement équivaut donc à accomplir Sa volonté autant que lorsque l’on fait chabat par exemple (7).

Le Rambam explique ce concept en détail notamment concernant le sommeil (8) et le ChoulHan arouH (9) reprend la alaHa en son sens…
« Nous devons prendre soin à être physiquement entier et fort afin que notre âme soit capable de servir Achem  sans aucun obstacle ou interférence même lorsque l’on dort. Si une personne va s’endormir avec l’intention de reposer son corps et son esprit afin de ne pas tomber malade, ce qui interférerait avec son service divin, cela rend son sommeil comme une façon de servir Achem. »

– « Il existe différents niveaux de sacré, comme nous l’enseigne la Michna (עשר קדושות הן) mais pas de discontinuité entre le profane et le sacré. » (10)

– « Celui qui prétend que les paroles de Torah sont une chose en soi et le monde autre chose… est un athée ». (11)

– « Selon Sa parole, sort, rentre, dors, couche-toi et éveille-toi. Que toutes tes actions soient en l’honneur de Son nom » (12).

Tout le challenge réside à doser convenablement la satisfaction de nos besoins matériels (ni trop, ni trop peu)… C’est pour cela que rav YerouHam Alevy explique que « la difficulté de bien accomplir les devoirs de la nature est plus grande que de bien accomplir les devoirs de la Thora » (13).

En parallèle, lorsque nous pratiquons Thora et Mistvot, il faut avoir en tête que ces activités doivent être faites pour élever le monde ici-bas. C’est pour cela que nos mitsvot sont liées à des objets matériels : argent (tsedaka), peau d’animal (mezouza, tefilin), lin ou laine (tsitsit), espèces végétales (soucca et loulav), le vin (kidouch), le blé (motsi), etc…

Avant de faire une mitsva il est bon de réciter un passage introductif, composé entre autre de la phrase « Pour unir le nom Youd – Hei avec le nom Vav – Hei, en unité complète ». Nous pratiquons ainsi les mitsvot pour réunir le nom de D.ieu, les lettres du haut et les lettres du bas, afin de marier la réalité matérielle avec la réalité spirituelle.

C’est l’un des enseignements de la Maguen David, nous devons faire descendre l’énergie spirituelle vers le matériel (triangle vers le bas) et élever le matériel en l’utilisant pour le spirituel (triangle vers le haut).

C’est cela la vrai kédoucha / sainteté : ce n’est pas se retirer du monde mais y vivre pleinement de façon sainte.

Grâce à la mistva accomplie authentiquement, nous connectons le début et la fin du verset de Téhilim  « ישמחו השמיים ותגל הארץ / Que les cieux se réjouissent et que la Terre soit dans l’allégresse ». Ainsi le nom de D.ieu est réunifié et Sa volonté est réalisée (14).

Références :

1 – Paracha Vayetse 5774
2 – Avot 2 ; 12
3 – Mishei 3 ; 6
4 – Tikounei Zohar – introduction 9b
5 – Tehilim 96 ; 11
6 – Beer Mayim Hayim (paracha Ekev)
7 – Rav Ariel Gay
8 – hilHot Deoth (3; 3)
9 – ChoulHan ArouH (O.C. 231)
10 – Pr Noah Dana-Picard
11 – Rav PinHas de koritz
12 – Sefer Haredim 67b
13 – « Kouchi ze chel kiyoum téva hou yoter gadol mikiyoum Torah »
14 – Rabbi Yisrael de Ruzhin

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