Rire & pleurer

laugh-cry

Si D.ieu maîtrise tout, cela a-t-il un sens de se lamenter ou de se réjouir ?

Une approche succincte du rire et du pleur ainsi que des « bonnes » et des « mauvaises » nouvelles à travers le Talmud et la alaHa pourrait nous enseigner une belle leçon de vie…

De nombreux textes nous incitent à éviter les fou-rires, notamment : 

– « Il est interdit à un homme d’emplir sa bouche de rires » (1)
– « Il faut s’efforcer d’avoir des limites, en gardant un contrôle de notre rire » (2)

Rabbi Shimon bar YoHaï développe dans la Guémara (1) que ce sera uniquement lorsque le Temple sera rebâtit que l’on pourra véritablement rire, comme il est écrit « Alors notre bouche s’emplira de rires ». (3)

Les commentateurs expliquent ici que la joie d’un homme ne peut être complète tant que le Temple de Jérusalem n’est pas reconstruit. C’est la raison pour laquelle les hommes brisent un verre lors du mariage, l’un moment les plus joyeux de la vie : pour ne pas oublier la réalité de l’exil malgré la joie… C’est cette même raison qui poussait les Juifs d’Espagne à laisser dans leur maison un sac de cendres, ou les Juifs d’Europe centrale à ne pas peindre un coin de leur mur.

Le ChoulHan arouH a d’ailleurs établit une liste de traditions qui nous permettent de ne pas oublier la destruction du Temple (lorsqu’une femme se pare de ses bijoux, de ne pas les porter tous à la fois ; ne pas couvrir la robe de la mariée de fils d’argent ou d’or ; avant les noces, couvrir d’une pincée de cendre le front du marié à l’endroit de ses tefilines ; casser une assiette après la cérémonie des fiançailles…) (4).

Même si l’idée de limiter nos rires n’est pas un véritable interdit mais une recommandation de nos HaHamim (5), nous la retrouvons également à propos de la fête de Pourim, fête joyeuse par définition : «  Même à Pourim il faut faire attention à ne pas rire exagérément » (6).

« On ne se lève pas pour prier à partir de la tristesse, la paresse, le rire, le manque de sérieux. » (7)

Nos textes mettent en parallèle la tristesse et le rire, qui ne sont donc pas des états nécessairement recommandés…

L’événement le plus tragique pour un être humain est sans doute la perte d’un proche. Même à ce moment là, la Thora nous demande de garder une certaine contenance :

– « Hazal ont dit « Trois jours de pleurs, sept jours de deuil, trente jours sans se raser et pas de musique pendant un an ». Mais il ne faut pas rajouter plus que cela. » (8)

– « Les démonstrations spectaculaires de deuil exagéré donnent à croire que la mort est la fin définitive de l’être (…). C’est pourquoi il est interdit de pleurer à côté d’un mort. Cela signifierait que le « pleureur » considère que le mort est vraiment mort. » (9)

– Lorsqu’Avraham pleura sa femme Sarah, le texte écrit le « kaf » de « livekota » (il l’a pleuré) en petit (10) ; car « le juste qui est convaincu de l’immortalité de l’âme ressent la mort comme une séparation uniquement temporaire et ne s’abandonne pas à des lamentations immodérées » (11) et donc le petit « kaf » sous-entend qu’Avraham n’a pas exhibé sa souffrance (11′).

– « Rav Yehouda a dit au nom de Rav : ‘Celui qui pleure exagérément un mort, c’est un autre mort qu’il pleure’. » (12)

La Thora encadre donc l’expression de nos sentiments extrêmes.

Une question plus large peut se poser concernant les bonnes et les mauvaises nouvelles.

Si nous ne connaissons pas la finalité d’une bonne nouvelle, pourquoi devrait-on se réjouir ? Tous les faits devraient être équivalent : ne connaissant pas la fin des évènements, il est tout aussi dérisoire de se réjouir de quelque chose que d’en pleurer.

Nous avons pourtant des commandements de célébration (comme réciter la béraHa / bénédiction de « ChééHyanou ») et des commandements où le deuil est imposé : durant le 9 Av; réciter la béraHa « barouH dayane aémèt » / Bénit soit le Juge de Vérité (lorsque quelqu’un perd un proche), etc.

–  » Nous devons bénir Dieu pour le bien comme pour le mal » (13)
– « Il faut rendre hommage au ‘Juge de vérité’ en temps de malheur avec la même foi sereine qu’au moment de remercier pour Ses bienfaits ‘Celui qui est bon et bienfaisant’. En effet il est dit ‘Tu aimeras l’Eternel ton D.ieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir’ (14) » (15)

Or, il est indiqué dans le Talmud à de très nombreuses reprises que « tout ce qui vient du Ciel est pour le bien » (16). Nous savons également que les jours de tristesse ne sont que des jours de « joie voilée» (17).

Si, comme repris dans nos textes « on doit toujours s’habituer à dire ‘Tout ce que fait le Miséricordieux, c’est pour le bien qu’Il le fait’ (18) » (19), pourquoi a-t-on le commandement des jeunes et du deuil ?

La réponse se trouve certainement dans la michna (20) :

« En cas de malheur, il faut rendre hommage au ‘Juge de vérité’ même si on y entrevoit certains effets positifs. Lors d’un événement réjouissant  on bénit l’Eternel ‘qui est bon et bienfaisant’ bien qu’il pourrait y avoir des suites fâcheuses. »

Le ChoulHan arouH développe cette idée en y apportant une explication :

« Celui à qui est advenu un bonheur, même si son prolongement sera malheureux (par ex. il a fait une trouvaille et si l’affaire provient aux oreilles du roi celui-ci confisquera ce qu’il possède) récitera cependant la bénédiction « Qui es bon et fais du bien ». De même s’il lui arrive un malheur, même si les suites en seront heureuses (par ex. une inondation de son champ qui a endommagé sa récolte et plus tard cela sera un bienfait car son champ a été arrosé) récitera cependant la bénédiction «Bénit soit le Juge de Vérité » car on ne dit pas de bénédiction pour ce qui sera mais pour ce qui est arrivé à ce moment précis « . (21)

Nous vivons sur terre, pas dans le ciel. Nous devons donc vivre avec notre temps et ne pas prophétiser sur l’avenir… Celui qui vit constamment dans le passé ou projeté dans le futur n’accomplit pas la volonté d’Achem de Le servir au quotidien, concrètement, ici-bas.

En bref, D.ieu nous demande de vivre l’instant présent, sans oublier qu’Il est constamment avec nous, ni notre condition d’exil. Un garde-fou au désespoir et à l’oubli, pour mieux nous orienter sur notre chemin au jour-le-jour.

Références :

1 – Guémara BraHot page 31a
2 – Shvout Yaacov / Helek Aleph ; Simane Kouf Pé Beth
3 – Téhilim 126 / Rachi
4 – ChoulHan arouH OraH Hayyim § 560 / Voir aussi Kitsour ChoulHan arouH §126
5 – Rav Wattenberg
6 – Le Taz / Commentaire ChoulHan ArouH or aHaym / Daf Kouf sameh ; seyf katan zayn
7 – Guémara BraHot page 31a
8 – leava.fr/questions-reponses/halakha/4546_question-elie.php
9 – Rav Leon Askenazi (Leçon de Torah / Paracha Rééh)
10 – Rabeinou Ephraïm sur paracha Hayé Sarah (23 ; 2) / Rav Elie Munk (Voix de la Thora Vol. 1, p. 233)
11 – Rav Jacques Kohn zal
11′ – Rav S. R. Hirsch
12 – Traité Moed Katan page 27
13 – Traité BéraHot 54a : « Nous devons bénir Dieu pour le bien comme pour le mal comme il est dit « Tu aimeras Achem ton Dieu de tout ton coeur » »
14 – Michna BeraHot (9; 5)
15 – Devarim (6; 5)
16 – Traité BéraHot 60a
17 – SiHa du rabbi de Loubavitch / Chabat Houkat le 10 Tamouz 5751
18 – Traité BeraHot 60b
19 – Kitsour choulHan arouH (Chapitre 59 ; paragraphe 4)
20 – Michna BraHot (9 ; 3)
21 – Kitsour choulHan arouH (Chapitre 59 ; paragraphe 3)

Publicités
Cet article, publié dans 6iem sens, Pensée Juive, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s