Qu’est ce que la sainteté ? (Le plus fort n’est pas celui que l’on croit)

La kédoucha / sainteté

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Il existe une mitsva d’être « saint » (1+2)
« Kedochim tihiou ki kadoch ani / Soyez saints car Je suis Saint ».

Selon Rachi, cela signifie que nous devons mettre des barrières et nous éloigner de la faute. Il insiste sur les interdits sexuels, « car partout où l’on trouve une barrière devant la débauche, on trouve une mention de la sainteté ».

Que signifie cette mitsva ?

La sainteté se dit en hébreu KéDouCHa. Plusieurs mots utilisent cette racine : le Kaddich (prière notamment pour les défunts), le kiddouch, la kédoucha (prière pendant la amida), les kiddouchin (mariage)… Achem lui même est appelé « Kadoch » à de multiples reprises.

La racine de ce mot est KaDaCH (קדש), qui se traduit par  » séparer », « mettre à part ». (3)

Cela signifie que lorsque l’on prend du recul à propos d’une chose, on est sanctifié dans ce domaine. Une femme est ainsi « méKouDéCHett » après le mariage : elle est sanctifiée / séparée.

Implications  

Le chabat est appelé chabat KoDèCH : en le séparant des jours de la semaine, Achem nous a permis de le rejoindre dans sa sainteté et d’en être bénis, à la condition de nous séparer de toute notion matérielle (Ki hi mékor abéraHa / car c’est la source de la bénédiction) (4).

C’est pour cette raison que de nombreux commentaires expliquent que les bases de la sainteté sont le respect du chabat et celui des parents (reconnaître d’où l’on vient et s’en attacher, c’est se séparer des valeurs négatives).

Lors de la KéDouCHa nous louons Achem qui est « trois fois Saint ». Une notion kabbalistique (5) explique que D.ieu, pour créer le monde, a eu besoin avant tout de créer trois notions qui n’existent pas dans le « monde de la Vérité » : le temps, la matière et l’espace. Lorsqu’on loue Achem, nous disons « kadoch, kadoch, kadoch » : D.ieu est ainsi séparé du temps, de la matière et de l’espace.

Le moment le plus KaDoCH du service divin se déroulait à Yom kippour (jour le plus saint de l’année, le « chabat des chabats ») au moment où le Cohen Gadol (le plus saint des Cohanim) entrait dans le Temple au saint des saints (endroit le plus sacré du monde, « KoDeCH haKoDaCHim »). Les 3 notions (temps, matière, espace) se retrouvaient ici au paroxysme de leur potentiel.

Les mitsvot

Le Maharal de Prague explique que c’est grâce aux mitsvot que D.ieu affirme « Je vous ai séparés d’avec les peuples pour que vous soyez à moi » (6). Rachi confirme cela : « Si vous êtes séparé d’eux, vous êtes à moi ». Si un homme s’éloigne de la Thora et se rapproche des valeurs des autres nations, il se déconnecte de sa spécificité. (7)

Lorsque l’on récite une prière liée à une mitsva de la Thora, nous disons en parlant d’Achem : « Acher kidechanou bemitsvotav / Qui nous a sanctifié – séparé par ses mitsvot ». L’une des pensées à avoir est qu’en pratiquant les mitsvot nous nous séparons de la matérialité. Elles nous permettent de nous rapprocher de D.ieu et ainsi d’être sanctifiés.

La retenue

Une guémara (8) demande à l’homme un pari fou : « Sanctifie toi dans les actes qui te sont permis ». Plusieurs commentateurs ont analysé cette injonction… Le Or Hayaim Akadoch explique (8′) : « vous allez faire des limites à ce qui est cacher et vous serez saints; car la chéHina / la présence divine ne descend que sur celui qui se fait des limites ». Il en ressort que c’est lorsque l’homme parvient à se maîtriser, même dans ce qui est autorisé, qu’il peut espérer se sanctifier réellement.

Nahmanide reprend cette idée et la développe (9) en traitant de la maîtrise des instincts. Par exemple, ce n’est pas parce que j’ai le droit de manger qu’il est bon de trop manger. Cela rejoint la phrase de Pirke avot « Qui est l’homme fort ? Celui qui maîtrise ses pulsions » (10) et celle du roi Salomon « L’homme qui est maître de ses passions surpasse celui qui s’empare des villes » (11).

Lorsque cela nous « coûte » quelque chose («Véykrou li térouma / Et ils prendront pour moi un prélèvement») alors on peut espérer se rapprocher de la sainteté («VéchaHaneti bétoHam / Et je résiderez parmi eux») (12).

Ainsi une explication (13) d’un verset concernant le nazir (14) « Tous les jours de son naziréat il sera KaDoCH pour Achem » (15) vient confirmer notre idée : le nazir n’est pas « saint » à la sortie de sa période de nézirout mais à partir du moment où il prend sur lui de (légèrement) se séparer de la matérialité.

Tout est dans la mesure

« Chaque homme devra rendre des comptes pour tous les fruits auxquels il n’a pas goûté » (16). Rappelons ici que le judaïsme ne prône pas l’ascétisme mais la modération: savoir orienter ses plaisirs comme moyen d’élévation spirituelle – et non comme une fin en soi (17). Ainsi la source de toute KéDouCHa est l’humilité (18).
A méditer…

Rabbi David Pinto rapporte que les initiales du verset « Kedochim Tihiou Ki Kadoch / Soyez saints car Je suis Saint » ont la même valeur numérique que le mot Keter / Couronne. Lorsque l’homme sait se dominer, il est considéré comme un roi (19).

La béraHa / Bénédiction

Selon Maïmonide, laisser un peu de nourriture dans son assiette attire la béraHa, car ce qui est en trop est synonyme de bénédiction. C’est pour cela que certain font déborder le verre du kiddouch (20). C’est également pour cela que le Arizal (21) préconise de laisser un peu de pain sur la table pour le birkat amazone. En effet, on peut y lire « Ma chéotarnou ihyé livraHa » / Que ce nous avons laissé soit pour la bénédiction » (22). Le Zohar précise également que le chabat « on ne doit pas laisser sa table vide » (23) : le Ramac précise ici que la table est un réceptacle pour recevoir la bénédiction qui se doit, pour attirer la bénédiction, d’être remplie ». Rabbénou BéHayé (24) explique que la table est appelée « ChoulHan » car, grâce à elle, Achem envoie (« CholéaH ») dans le monde Sa bénédiction et l’abondance représentées par les pains qui sont posés dessus. En effet la bénédiction n’est pas créée ex nihilo, elle a besoin d’un support matériel, comme la fiole d’huile du prophète Elicha (25) ou la cruche du prophète Eliyahou (26). (27)

‘HaHamim ont dit : « On ne laisse pas une petite quantité dans la marmite mais dans l’assiette ».’ (28)

L’habitude de recouvrir le pain pour le birkat est également signe de bénédiction : « la bénédiction réside dans ce qui est caché de l’oeil » (29) comme il est dit « Le Seigneur ordonnera à la bénédiction d’être avec toi dans tes greniers… » (30). Explication de la guémara : dans ce qui n’est pas montré (31). Autre source dans les Proverbes où le roi Salomon écrit « la gloire de l’Eternel est de cacher les choses » (32).

La fin des temps

Le verset « Kedochim tihyou » est communément traduit par « Soyez saints » mais une lecture plus attentive nous fait constater que le verbe est au futur : «Vous serez saints».
Plusieurs commentateurs (33) y voient une preuve qu’Achem nous assure que nous aurons une certaine sainteté, acquise par la téchouva, aux temps messianiques…

Il n’est donc jamais trop tard pour bien faire 😉

Autres articles liés :
La 4ième dimension
La divine vie

Références :

1 – Sefer Vayikra 19 ; 2
2 – Mitsva Deoraïata selon l’Admour Azaken (Tanya) ;
Mitsva klalite selon Maïmonide (Sefer Amitsvot)
3 – http://www.akadem.org/medias/documents/SAINTETE-Doc3.pdf
4 – LeHa dodi
5 – Explications de rav David Ménaché
6 – Vayikra (20 ; 26)
7 – yechiva.com/index.php?option=com_content&view=article&id=534:torah-et-philosophie&catid=57:pensee-juive&Itemid=111
8 – Traité Yévamot 20a
8′ – A partir du verset « Véytkadichtem vyitèm kédochim » (Vayikra 20; 7)
9 – http://www.akadem.org/medias/documents/Kedochim-Nahmanide-Doc3.pdf
10 – Avot (4 ; 1)
11 – Proverbes / Michlei (16 ; 32)
12 – Chemot chapitre 25
13 – Rapportée par rav Benchetrit
14 – Quelqu’un qui, à l’époque du temps, prenait sur lui de ne pas se couper les cheveux, ni entrer au contact d’un mort, ni boire de vin pendant (minimum) 30 jours.
15 – Nasso (6 ; 8)
16 – Talmud de Jérusalem / Perek « Assara Yohassin »
17 – Tehelet Mordehai
18 – Rav Pinches Friedman
shvileipinches.com/2011/04/07/parshas-metzorah
19 – http://www.hevratpinto.org/PDF_n/5763/260_kedochim.pdf?vm=r&s=1
20 – Avis du Rama (Rabbi Moshe Iserless) qui rapporte l’usage de faire déborder le verre de Havdala en guise de siman berakha (source de bénédiction) (O.H 296-1).
21 – Rapporté par le beer étèv / ChoulHan arouH siman 262 (AlaHa alef)
22 – Rav Sitruk
23 – Zohar Yitro (88a)
24 – Commentaire sur Térouma 25;23
25 – Rois II; Chapitre 4
26 – Rois I; Chapitre 17
27 – Commentaires tirés du Hok Le Israel Chemot 2 / Edition Adlic
28 – Erouvin 53b
Rachi explique qu’il existait une habitude de laisser un peu de nourriture pour le chamach / le gardien de l’auberge ; le « PétaH aénaym » explique qu’il s’agit d’une parabole, celle de mettre un peu de coté les valeurs matérielles dans ce monde-ci.
29 – Traité Baba Metsia 42
30 – Devarim (28; 8)
31 – Traité Taanit 8b
32 – Michlei (25; 2)
33 – Dont le Rambam (hilHot techouva) et le Rav Yecheskel Halberstam
oheltorah.free.fr/paracha/5758/ahare.htm

Autre cours sur ce sujet : http://www.fr.chabad.org/library/article_cdo/aid/662954/jewish/La-retenue-est-un-signe-de-force.htm

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