Le regard sur l’autre

balance

Adapté d’un chiour de rav Parsy et du site Morasha Syllabus.

En guise d’introduction je souhaite rappeler qu’il est important de garder son intégrité physique et morale quelque soit la situation que l’on traverse. S’abandonner à aimer les autres de façon excessive peut nous nuire et il en est de même lorsqu’on ne s’éloigne pas des personnes négatives.
« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » : jusqu’où dois-je aimer l’autre, quelle est la limite ? Réponse : Toi-même, pas plus. Cela rejoint l’idée que le maasser (la dîme au pauvre de 10% de nos revenus) ne doit pas excéder 20% (0). Nous devons aimer et aider les autres, pas nous perdre en route. Sinon, à terme, nous ne pourrions aider ni les autres ni nous même.

Notre rapport à l’autre

De très nombreux textes nous mettent en garde contre les jugements négatifs que l’on pourrait avoir vis-à-vis d’autrui. Extraits :

– « Ne juge pas (négativement) ton prochain avant de t’être trouvé à sa place. » (1)
– « Tu dois juger ton prochain favorablement. » (2)
– «  Si tu vois quelqu’un accomplir une action qui peut être interprétée positivement ou négativement, accorde-lui le bénéfice du doute. » (3)
– «  De même que nous devons juger équitablement dans un tribunal de justice, nous devons accorder le bénéfice du doute dans les salles d’audience de nos esprits. » (4)

Pourquoi n’y a-t-il pas écrit directement « ne juge pas » ?

Dans nos sociétés contemporaines, la notion de « ne pas juger l’autre » est relativement comprise. A priori nous pouvons y trouver du bon sens : chacun a sa vie et si les actions d’untel ne sont pas très louables je n’ai pas à le juger car à moi aussi il m’arrive de commettre des impairs…

Or, la Thora nous demande de juger l’autre, mais positivement.
De nombreux commentateurs expliquent qu’il est dans la nature humaine de juger. A peine parlons-nous avec quelqu’un ou entendons-nous un fait, notre esprit ne peut s’empêcher de commettre un jugement. Aussi, la Thora nous demande de prendre cette pensée et de la transformer en jugement positif, trouver par exemple des circonstances atténuantes à la personne.

De plus, si nous ne pouvions juger l’autre d’aucune façon, alors cela sous-entendrait que nos destins ne sont pas reliés, or « chaque Israel est responsable l’un vis à vis de l’autre » (5).

Comment juger l’autre positivement ?

Rav Avraham Ehrman (6) a proposé une explication passionnante du verset « Tu aimeras ton prochain comme toi même ». Pour lui, aimer l’autre « comme soi-même » signifie user des mêmes arguments pour justifier nos défauts afin d’excuser ceux des autres. De la même façon que nous nous excusons facilement nos erreurs, alors nous pouvons en faire autant pour ceux qui nous entourent.

Au delà de pardonner les erreurs des autres, il nous faut trouver leurs qualités, ce qui peut représenter un vrai challenge. C’est pour cela que Rabbi NaHman de Braslav nous enseigne qu’il faut essayer de trouver au moins un point positif chez l’autre (la nékouda tova, notion récurrente dans ses écrits), ainsi qu’il est dit dans Pirke Avot : « Qui est l’homme sage ? Celui qui apprend de tout homme. » (7)

Comme dans l’eau le visage répond au visage,
ainsi chez les hommes les cœurs se répondent. (8)

Lorsque l’on vint annoncer à Yaacov que son frère Essav venait pour le tuer, Yaacov s’efforça de penser en son cœur de bonnes choses à son égard, jusqu’à ce qu’il redevienne comme son frère (9), ainsi qu’il est écrit : « Il passa devant eux et se prosterna sept fois, jusqu’à ce qu’il arrive près de son frère » (10). Grâce à cela Essav « courut à sa rencontre, l’enlaça, tomba sur son cou, l’embrassa et ils pleurèrent ».

« La mitsva de juger les autres favorablement sert de catalyseur pour parvenir à la paix et à l’amitié entre les gens. »  (11)

Nous voyons ici l’influence que peut avoir un bon regard sur l’autre : une vraie leçon de pensée positive… datant de plus de 3 000 ans.

Un verset des Téhilim (12) nous apporte un enseignement similaire :
« Encore un peu et le méchant ne sera plus ; tu observeras sa place, il en aura disparu. » Selon Rabbi NaHman (13), ‘encore un peu’ signifie : en trouvant ‘un peu’ de bien en chaque personne, même la plus mauvaise, celle-ci acquiert un nouveau statut et bientôt le ‘méchant aura disparu’.

Charité bien ordonnée commence par soi-même

Il n’est pas aisé de trouver du bon chez les autres lorsque l’on n’en trouve pas chez soi… Vous l’aurez compris, les enjeux sont de ne pas se juger négativement sur ses propres erreurs passées et surtout de trouver son ou ses points positifs.  En faisant des listes, en se regardant dans un miroir, en demandant à des amis, etc.  Lorsque nous prenons réellement conscience de nos forces, en toute authenticité, alors nous existons pleinement.

Le but premier du lachon ara et du ‘mauvais œil’ est de se sentir supérieur à l’autre. Si l’on existe réellement, nous n’avons plus besoin de nous sentir supérieur aux autres et l’on ne se sent pas agressé par l’extérieur. Lorsque nous nous aimons, nous aimons les autres.

La haine n’est jamais due à un élément extérieur : elle est d’abord intérieure. Les événements ne seront que révélateurs de ce que l’on porte en nous.

« Rabban YoHanan ben Zakaï dit à ses élèves : ‘Sortez et cherchez quel est le droit chemin auquel l’homme doit s’attacher.’ Rabbi Eliézer répondit : ‘Un oeil bienveillant’. Rabbi Yéhochoua : ‘Un ami bienveillant’. Rabbi Yossé : ‘Un voisin bienveillant’. Rabbi Chimon dit : ‘Celui qui distingue ce qui va naître’. Rabbi Eléazar dit : ‘Un bon cœur’. Le maître répondit à ses élèves : ‘J’apprécie les paroles de rabbi Eléazar ben EraH, car elles contiennent toutes les vôtres’ ». (14)

Ce bon cœur commence certainement par l’amour propre.
Au boulot 😉

Au fait, comment concilier cette notion avec la mitsva de réprimander ?

Références :

0 – Guemara Ketouvot 49b
1 – Pirke avot 2; 4
2 – Talmud Chavouot 30a (sur Vayikra 19; 15)
3 – Rashi sur ce passage
4 – Sefer haHinouH, mitsva 235
5 – Talmud Shavuot 39a
6 – Livre « Journey to virtue » 2; 12
7 – Pirke Avot 4; 1
8 – Roi Salomon / Proverbes (Michlei) 27; 19
9 – Livre « Paracha » de Leket Eliahou / VayichlaH pages 361 a 363.
10 – VayichlaH 33; 3
11 – Sefer haHinouH, mitsva 235
12 – Téhilim 37 ; 10
13 – http://davidtrauttman.blogspot.fr/2009/05/ya-dla-joie.html
14 – Pirké Avot 2; 9
Chiour à propos du regard sur l’autre :
http://www.morashasyllabus.com/French/class/le%20critique.pdf

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