Les cheveux ? Oh la barbe !

Pourquoi les femmes doivent-elles se couvrir la tête ?
Pourquoi un homme ne peut-il pas se raser la barbe avec une lame ?
Quel est le sens de la coupe de cheveux des enfants de 3 ans ?

Nous tenterons de découvrir le sens caché de ces mitsvot…

Beaucoup de textes font allusion aux phanères (ongles, cheveux, poils) : les Léviim, avant de servir au Michkan (Tabernacle dans le désert), devaient se raser entièrement le corps (1), l’interdit de jeter les ongles à terre une fois coupés, se laver les mains après, la coutume de couper les cheveux d’un enfant à partir de 3 ans (2), etc…

Globalement, les cheveux masculins sont traités de façon assez péjorative dans la Thora. Essav est ainsi appelé « homme velu » (3) et il n’est pas convenable pour un homme d’avoir des cheveux trop long, raison pour laquelle un nazir (4) devait se couper les cheveux après sa période de néziroute (5).

Pour les femmes, si tous les décisionnaires s’accordent à dire qu’une femme mariée doit se couvrir les cheveux, beaucoup conseillent vivement même aux jeunes filles de mettre un kissouy roch (couvre-chef) lors de leur prières (6) ou si elles lisent le TanaH en mentionnant le nom de D.ieu (7).

Une idée commune apparaît : un sens négatif est attribué à ce qui pousse sur notre corps.

D’après le Zohar (8), les cheveux et les ongles sont la source d’alimentation de la klipa (impureté). Le Arvé NaHal développe cette idée et écrit (9) que les cheveux représentent la richesse au sens négatif et, plus globalement, les excès de l’Homme. Le Yearot Devash (10) explique que c’est l’une des raisons pour lesquelles on devait raser la captive (11) : pour l’empêcher de revenir à ses anciens modèles… ses excès devaient être réduits au minimum.

Selon Abravanel (12), c’est pour cela que les Léviim devaient se raser entièrement le corps – après s’être éloignés du camp et s’être purifiés : ils se séparaient, par cette procédure, de toute convoitise et envie matérielle (13). Tout comme les cheveux et les poils sont extérieurs, «étrangers» au corps, les Léviim devaient s’éloigner des actions sans rapport avec leur véritable but pour être apte à servir au Tabernacle : le rasage est le symbole de la réduction à néant de l’ego (14).

Ceci dit, il est interdit aux hommes de se raser les coins des cheveux à la lame. Le rav Pinches Friedman développe cette idée sur la symbolique des « péot » (15). Ainsi, D.ieu ne désire pas que l’on se coupe totalement des plaisirs de ce monde mais que l’on puisse diriger ces envies pour l’amour du Ciel : les bénédictions matérielles jouent un rôle important et bénéfique dans le service d’Hachem, encore faut-il savoir bien les orienter.

Concernant les femmes, nous comprenons mieux l’un des intérêts du kissouy roch : se préserver des puissantes forces négatives de l’impureté des cheveux et pouvoir concentrer leur énergie afin d’apporter une meilleure braHa / bénédiction à leur foyer. De nombreuses braHot sont en effet mentionnées dans le Zohar pour une femme mariée se couvrant les cheveux (16).

Le jeune enfant a, quant à lui, besoin de cette force terrestre pour pouvoir se constituer spirituellement (17) : comme un arbre (18) que l’on vient de planter et à qui on ne peut cueillir les fruits avant trois ans (car la klipa est « trop forte » avant).

Concernant la barbe, le sens simple des versets nous demande de ne pas la raser à la lame afin de ne pas imiter les pratiques idolâtres de l’époque. La kabbala (sens caché) nous enseigne à travers le Zohar que chaque partie du corps humain fait écho à des notions spirituelles. Par exemple la tête correspond à HoHma, Bina et Daat, la droite au Hessed, la gauche à la Guévoura, etc… La barbe, elle, correspond aux 13 attributs de miséricorde (que l’on récite notamment à kippour : El, RaHoum VéHanoun…) (19). Aussi, déraciner la barbe correspondrait à déraciner la miséricorde Divine qui se trouve en nous (20).

Vous l’aurez compris, les cheveux correspondent à la « rigueur » (Din) et la barbe à la « raHamim » (miséricorde)…

Si cet article nous a fait prendre conscience de l’importance de chercher des raisons plus profondes à notre pratique, alors c’est déjà gagné 😉

PS : Suite à une question, il est permis à la femme de se raser à la lame (car elles n’ont pas de barbe à proprement parler).

Références :

1- Bamidbar 8 ; 7
2 – Le Rabbi de Zanz (Divrey Yatsiv, Y.D. 133) insiste pour que la coupe de cheveux soit impérativement faite à l’anniversaire de trois ans.
3 – Bereishit 27 ; 11
4 – Quelqu’un qui, à l’époque du temps, prenait sur lui de ne pas se couper les cheveux, ni entrer au contact d’un mort, ni boire de vin pendant (minimum) 30 jours.
5 – Rav Sitruk
6 – Rav Matsliah Mazouz (Shout Ich Matsliah, Heleq O »H, Siman 24); Rav Ovadia Hadaya (shout Yaskil ‘Avdi Tome 7, p. 289a); Rav Itshak Yossef (Sefer Otsar Dinim Laïcha Vélabat Siman 37, Sa’if 10 -voir également note 10- et dans le Siman 3 sa’if 5 et note 6). Source : techouvot.com
7 – Yalqout Yossef : « Il n’y a pas lieu d’empêcher les jeunes filles célibataires qui ne se couvrent pas la tête dans le domaine public de réciter des bénédictions et des prières la tête découverte (…) A priori, il est toutefois préférable de leur dire de se couvrir la tête lorsqu’elles font une prière ou récitent des bénédictions, ainsi que lorsqu’elles récitent le TanaH et mentionnent le nom de D.ieu. »
8 – Idra Zouta Kadisha – Zohar III, 287B à 296B (entre autres)
9 – Paracha Behar
10 – Partie 1, Drash 6
11 – Devarim 21; 12
12 – Paracha BéaalotéHa
13 – Selon Rav Chimchon Refael Hirsch, le système pileux qui protège la peau représente la tendance isolationniste d’une personne cherchant à se tenir à l’écart de la société pour se préserver des mauvaises influences extérieures. Les Leviim devaient ainsi témoigner par leur rasage qu’ils allaient se dévouer entièrement au service de D.ieu et de leurs frères sans former une caste indépendante, rejetant les autres avec mépris.
14 – http://www.yechiva.com/index.php?option=com_content&view=article&id=451:behaalotekha-le-levi-en-devenir&catid=104:beaaloteha&Itemid=161
15 – Dvar Thora paracha KoraH
16 – « Alors ses enfants seront comme des plants d’un olivier, qui ne perd ses feuilles en aucune saison et reste supérieur à tout arbre. Ses enfants excelleront et son mari pourra recevoir la bénédiction d’en Haut comme d’en Bas et sera nanti de richesses, d’enfants et de petits enfants… » (Zohar 3/124a-b; 125a-b;126a)
17 – « Une Couronne Sur Sa Tête » de Joëlle Malki
18 – « Car l’Homme est un arbre des champs » (Dévarim 20 ; 19)
19 – Kabbala (Zohar)
20 – Siphra di-Zenioutha – Zohar II Exode 176b-179a

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