Le lait chamour : le dilemme

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Version courte

Le top est de boire du lait surveillé par un Juif pratiquant, mais ceux qui n’en boivent pas (encore) ont sur qui se baser.

Version longue

Traduction et origine 

Le mot chamour signifie « gardé / surveillé », il existe également l’appellation «Halav Israel – Lait Israel».

La Thora elle-même ne parle pas de ce type de lait, elle cite en revanche les critères pour les animaux cachers : nous en déduisons ceux dont nous pouvons en consommer le lait.

La consommation d’un lait non-surveillé est un interdit d’ordre rabbinique.

La guémara (Ref . 1) nous enseigne qu’il est interdit de boire du lait qui n’a pas été trait sous la surveillance d’un Juif pratiquant, de peur qu’on y mélange du lait d’animal impur (de chamelle ou d’ânesse par exemple), qui est taref – interdit à la consommation. Le mélange rendrait effectivement l’ensemble non-cacher.

Aujourd’hui, il existe deux écoles de pensée pour savoir si cet interdit est toujours d’actualité. La première dit que le lait chamour n’est plus une réelle obligation mais une mesure de piété supplémentaire, la seconde le considère comme un impératif.

Lait Chamour = Houmra / Mesure de piété

Tout d’abord, concernant le décret talmudique précité, le Peri ‘hadach considère qu’il ne s’agit pas là d’un décret immuable. Il pourrait donc changer avec le temps. De plus, durant le siècle dernier, quelques grands décisionnaires (et surtout le Rav Moché Feinstein zatsal / celui sur qui se base le consistoire de Paris notamment) ont écrit que dans les pays dans lesquels la législation interdit le mélange avec d’autres laits que celui de vache, on peut compter sur cette loi et donc autoriser à priori un lait sans surveillance (2).

Exrait du texte de Rav Moché Feinstein : « Si l’état punit les contre-facons, par exemple du lait ne provenant pas de vache vendu comme lait de vache, cela suffit pour permettre le lait. » (3)

La logique est la suivante : lorsque l’état est très pointilleux sur les mesures d’hygiène et les contrôles en laboratoire (imposés par le ministère de la santé), cela est suffisant pour garantir que du lait impur n’y a pas été adjoint. Le lait correspond donc à la définition de chamour, gardé.

Tout laboratoire laitier qui transgresserait ces mesures d’hygiène se verrait imposer de lourdes sanctions par le gouvernement. Les producteurs non Juifs n’auraient donc aucun intérêt à y additionner du lait d’animal impur et cela offrirait la même garantie que la surveillance d’un Juif pendant la traite (4).

Au niveau de la halakha pratique, Rav Feinstein conclut toutefois qu’il convient à toute personne qui craint l’Eternel de se montrer rigoureux (5) mais on ne peut complètement interdire et empêcher ceux qui veulent boire du lait sans surveillance et conforme à la législation de le faire (­6).

Lait Chamour = Alaha / Obligation

Le Hatham sofèr (7), majoritairement suivit par les ashkenazes, estime que l’interdit rabbinique mentionné dans la guémara n’est pas temporel (contrairement à l’avis du Peri Hadach, cité précédemment). Il s’agit pour lui d’une guezèra / un décret perpétuel.

Cette loi serait ainsi similaire à un décret de nos sages de l’époque du Talmud, qui subsiste bien que la raison du décret n’existe plus (8).

Un autre argument (de poids) est avancé par les défenseurs du lait chamour : beaucoup de vaches laitières en France subissent des interventions chirurgicales lors, par exemple, de descentes d’organes ou de césariennes, ce qui pourrait les rendre non-cachers (9). Ce type de problème est écarté par la présence de rabbins surveillants les traites des vaches (Rav Wolf explique que les chomerim / rabbins vérifient, par une puce lisible à l’oreille de la vache, la carte d’identité de chaque animal grâce à laquelle ils récoltent toutes les informations des bêtes). (10)

Dernier argument pour certains rabbanim : du fait que cet interdit a été promulgué par un tribunal en nombre important, il faudrait un tribunal en nombre supérieur pour l’abroger (12).

Conclusion = Version courte

Je pense qu’il était important de connaître les opinions de tous (bien que le sujet soit plus complexe) et même si le top est de boire du lait surveillé par un Juif, sachons respecter les opinions de tous car ceux qui n’en boivent pas (encore) ont sur qui se baser.

Merci à Julien D 😉

Références :

1 – Talmud Bavli, traité Avoda Zara 35 b
2 – Techouva Yore Dea 1, 47-49
3 – www.cheela.org/popread.php?id=45671
4 – Iguérote Moché, Yoré Dé’a, tome 1, chapitre 47 ; ‘Hazone Ich, Yoré Dé’a, chapitre 41, paragraphe 4, et tel est l’avis du Rav Bouguid Sa’adoun zatsal
5 – Iguérote Moché, tome 2, chapitre 35
6 – http://www.leava.fr/questions-reponses/halakha/7127_question-jacky.php
7 – Yoré dé‘a 107
8 – Min’hat Its’hak, tome1, chapitre 138, paragraphe 1
9 – http://www.techouvot.com/lait_cacher_ou_non-vt3950.html?highlight=chamour
10 – http://www.techouvot.com/lait_nonchamour_lait_de_porc-vt310.html?highlight=fromage
11 – Rachba dans Torat Habaïte Haarokh, chapitre 3

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