Le foie gras est-il cacher ?

 Version courte de la réponse :

 Le rav Ovadia Yossef (chef spirituel séfarade) a interdit à plusieurs reprises la production de foie gras (pratique du gavage) et sa consommation (1) au même titre que la consommation du porc selon le rav Ron Chaya (4).

Version longue :

  • Le problème du gavage

(Sources 1 + 4) –  Plusieurs grands rabanim autour du monde ont déjà eu des propos très virulents contre les souffrances infligées aux animaux, et particulièrement aux oies lors du gavage. Ainsi, le rav Ovadia Yossef avait déjà interdit cette pratique il y a 30 ans. Selon rav David Rosen, ancien grand rabbin d’Irlande : « Ce qui devrait être évident à tout observateur objectif, c’est que le pâté de foie-gras est absolument taref – non cacher« .

Le gavage de l’animal consiste a lui enfoncer dans l’oesophage un tube de métal d’une cinquantaine de centimètres jusque dans son estomac. De cette façon, l’oie est gavée plusieurs fois par jour. Au total ce sera 10 kilos de maïs ingurgités en 10 jours. L’oie – ou le canard – développe ainsi une maladie (la stéatose hépatique) qui serait mortelle si le gavage continuait. C’est d’ailleurs, chaque année en France, un million d’animaux qui meurent pendant le gavage (2).

Cette pratique est, selon plusieurs rabbanim – dont le Rav Ovadia Yossef (4), interdite. Nous avons une interdictions de la Thora, tzaar baalei haim, qui nous empêche de faire souffrir inutilement les animaux. Ceux qui tolèrent le gavage disent que leur souffrance n’est pas inutile puisque nous les mangeons après. Argument moyennement recevable selon moi (ces « rabbins » ont à mes yeux respecté la lettre et non l’esprit de la Thora c’est évident), mais je note quand même les contre-arguments afin que chacun puisse se faire son opinion.

  • Le problème de la maladie de l’animal

Comme nous l’avons expliqué plus haut, l’animal est gravement malade au moment de l’abatage. Si l’on continuait de gaver l’oie, elle en mourrait rapidement. Or il nous est interdit par la Thora de consommer un animal possédant une maladie mortelle. Selon certains rabanim, il n’est pas certain que l’oie et le canard gavés entrent dans cette catégorie, car si l’on libérait l’animal il pourrait se remettre de sa maladie.

Dans le judaïsme, lorsqu’on ne sait pas si l’animal est apte ou non à la consommation, il possède le statut de safek trefa – doute sur sa cacherouteet l’on doit s’abstenir de le manger. C’est le cas de l’animal gavé pour la grande majorité des rabanim (3).

Le rav Ron Chaya au nom du Rav Ovadia Yossef va plus loin. Selon lui, les oies sont tellement gavées qu’elles ne pourraient plus se nourrir toutes seules si on les libéraient, ce qui leur donnent pleinement le statut de trefa – non apte à la consommation. Il considère donc que les oies ainsi gavées et malades sont « non consommables au même titre que le porc » (4).

  • Le problème des lésions dans l’oesophage

Lors du gavage, de nombreuses et fréquentes lésions sont faites dans l’oesophage de l’oie ou du canard. Si l’oesophage d’un animal est perforé (nekev baveshet) il devient taref – non apte à la consommation (tout le monde est d’accord sur ce point) et son foie est non cacher (3).

Il faudrait donc vérifier convenablement l’oesophage des animaux un par un, travail plus qu’incertain, problème supplémentaire pour beaucoup de rabanim. Le Taz considère en effet que nous ne sommes pas habilités à vérifier un  jabot endommagé. Car même un trou insignifiant rendrait l’animal taref, donc inconsommable (5).

  • Le problème de la cachérisation du foie

 (Source 3) – La cachérisation (enlever le sang de la viande) d’un foie n’est pas une mince affaire. Le foie est en effet considéré comme 100% sang, koulo dam. Comment le cachériser dans ces cas là ? Il faudrait en théorie le faire griller (sur un barbecue par exemple) comme un morceau de viande (non-cachérisé) classique. Sauf que le foie gras fondrait littéralement : c’est un morceau de graisse.

La plupart des rabbanim considèrent que le griller jusqu’à une perte de poids de 15 à 20% est une preuve de cuisson suffisante pour sa cachérisation.

Et alors ? me demanderez-vous. Et alors, lorsque dans une réception on vous propose des morceaux de foie-gras crus poêlés, il est vraiment très très peu probable (et je suis gentil) que le foie ait perdu 20% de son poids par cette cuisson rapide. Il est donc quasi-certain que ce foie gras soit non-cacher. Et là tout le monde est d’accord.

Entre le Emet – la Vérité et votre ventre, que choisirez-vous ?

Mon choix, vous l’aurez compris, est fait.

 

Vidéo détaillée sur la cacheroute du foie gras (par Mr Julien Darmon)

 

Source 1 /
Article du Jerusalem Post sur l’interdiction du foie gras en Israel
http://www.stopgavage.com/images/JerusalemPost2001Oct03.jpg  

Source 2 /
Vidéo à voir absolument pour savoir de quoi on parle http://www.dailymotion.com/video/x2rpel_les-dessous-du-foie-gras_animals

Source 3 /
Réponses de rabanim concernant le foie gras
http://www.cheela.org/popread.php?id=20416

Source 4/
Rav Ron Chaya au nom de Rav Ovadia Yossef, avec références
http://www.leava.fr/questions-reponses/halakha/2378_question-cba.php

Source 5 /
Les problèmes de cacherouth liés au foie gras
http://www.chiourim.com/halaha/cacherout/foie_gras_cacher.html

oie
« 
Ouvrez ouvrez la cage aux oiseaux »
(Pierre Perret)

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