D.ieu nous a-t-il donné la foi ? (La base de la émouna)

Qu’est ce que la Emouna ?
D’après les écrits du Rav Tatz, Lettres à un Juif Boudhiste La trame de la vie ; et d’un chiour de Rav Doray.
Un principe capital est en jeu : la mistva-commandement de la émouna (que l’on traduit habituellement par foi ou croyance) est considéré par Maïmonide comme le premier commandement de la Thora. Pour d’autres, ce principe est même plus important que tout : c’est le fondement dont dépendent tous les commandements.

Le concept de foi pure, dénuée de preuve, existe-t-il dans le judaïsme ?

Les croyances juives reposent-elles sur des faits ou non ?

La clé du mystère réside dans la traduction du mot émouna. Si l’on traduit émouna par croyance ou foi, cela peut sous-entendre un système de croyance aveugle ou non ancré dans des faits objectifs : c’est un moyen sûr d’entrer dans un monde d’illusion. Les croyances non-fondées, la foi arbitraire non basée sur des preuves solides… tout cela constitue une recette certaine pour un désastre spirituel et souvent physique.

Selon l’usage occidental, la croyance et la foi se réfèrent essentiellement à l’inconnaissable et sont nécessairement aveugles (« une foi aveugle »). Vous ne croyez pas en quelque chose que vous voyez ou dont vous faites l’expérience, vous la savez. On appelle croyance ce que l’on ne peut pas connaître ou démontrer.

Si l’on n’a aucune preuve de quelque chose, pourquoi devrions-nous y croire ?

La croyance en l’existence de D.ieu serait-elle arbitraire, rien de plus qu’une émotion personnelle ?

Avant de respecter les 613 mitsvot – commandements j’aimerais être sûr de mon choix, pour ne pas appliquer les mistvot juste « au cas où », c’est bien trop contraignant. Si l’objet de la croyance est accessible à la connaissance, pourquoi parler de foi quand ce que vous croyez peut être connu ?

Sans aucun doute, il faudrait parler de connaissance !

Nous ne nous sommes pas engagés vis-à-vis de D.ieu, tout au long des âges, parce que nous aurions décidé subitement et personnellement qu’un tel engagement était une bonne idée. Notre engagement est fondé sur une connaissance. Nous sommes sûrs que l’objet de notre « foi » peut être établi et connu.

On n’encourage pas les étudiants en Thora à accepter quoi que ce soit sans critique ni réflexion. Au contraire, on leur propose de développer une pensée puissante et logique, sans faire appel aux émotions. Il faut être capable de poser les questions les plus aigües et apprendre à n’accepter que des réponses totalement satisfaisantes. Seuls les plus hauts critères de la pensée et de la logique sont acceptables.

Evidemment le mot émouna ne signifie pas foi aveugle, et n’a pas grand-chose à voir avec la croyance.

La traduction correcte de émouna n’est pas foi, mais fidélité / loyauté, dérivé de la même racine que nééman – fidèle ou loyal (Ref. 1). Ainsi lorsque D.ieu finit de parler à Abraham le verset dit « Vehéémin bAchem ». Il n’est pas possible de traduire par « Et il (Abraham) crut en D.ieu », il vient de lui parler ! La louange ici vient de sa fidélité, pour le fait qu’Abraham tint bon et traversa les épreuves les plus difficiles. C’est cela la émouna.

Il s’agit donc d’être fidèle à une connaissance.

Mais quelle est cette connaissance certaine ?

La révélation de D.ieu au mont Sinaï en est l’exemple par excellence : la rencontre de tout un peuple avec D.ieu. Selon le Ramban, lorsque les bné Israel ont vu cette révélation, aucun doute n’a été possible sur l’existence de D.ieu, sur le fait que Moïse soit le premier des prophètes et sur la véracité de la Thora.

Nous sommes la seule « religion » qui affirme que le peuple entier a vu D.ieu leur parler.

Les autres passent par une seule personne, que l’on peut croire ou non.

Jusqu’à quel point cette transmission est-elle valable ?

A quelle distance se situent ces événements ?

Beaucoup de gens pensent que nous sommes à des milliers de générations de cette révélation… Mais un calcul rapide donne des résultats intéressants : nous sommes à environ 3200 ans après l’événement. Si nous considérons des générations de quarante ans, temps raisonnable pour que des parents transmettent l’information à leurs enfants (et à leurs petits-enfants, obligation de la Thora), nous sommes à 80 générations de cette époque. Espace temporel relativement restreint.

Et nous savons qui sont ces générations, nous savons qui étaient les Sages de chacune de ces générations. Le témoignage a été transmis à l’identique, ce n’est pas une histoire composée de fragments flous qui auraient été assemblés. C’est un compte-rendu concret, précis et détaillé, préservé et transmis intact au cours des générations par le Peuple Juif tout entier malgré notre totale dispersion géographique, et malgré notre nature obstinée et sceptique. L’expérience sinaïtique est ainsi la base de notre émouna – fidélité.

Le Ramban écrit ainsi (Chémot 13; 16) : « Il nous est ordonné de faire sans cesse des rappels et des signes de ce que nos yeux ont vu pour que nous les transmettions à nos enfants et petits-enfants jusqu’à la dernière génération. Il s’est montré très sévère à ce sujet jusqu’à imposer la peine de Kareth / retranchement à celui qui s’abstient de faire le sacrifice pascal. » Le soir de PessaH est effectivement le moment propice et indiqué dans la Torah où, chaque année, où nous transmettons à nos enfants ce que nos ‘parents’ ont vu de leurs yeux. Ce soir là est considéré comme le socle sur lequel se repose notre émouna.

La Thora insiste beaucoup sur cela (VétHanan / Deutéronom 4-9) : « Prends garde et veille sur ton âme pour ne pas oublier les choses que tes yeux ont vues et qu’elles ne s’écartent de ton coeur, aucun jour de ta vie ! Fais-les connaître à tes enfants et aux enfants de tes enfants; le jour où tu t’es tenu devant le Seigneur ton D.ieu à Horeb ». Le Ramban explique : « Que nos yeux et notre cœur soient toujours au Sinaï !» / Even Ezra sur le Ramban : « Prends garde ! Même si tu oublies tout le reste, n’oublie pas le jour où tu t’es tenu devant le mont Sinaï ».

C’est pour cela qu’il y a une mistva négative d’oublier l’événement du mont Sinaï et également une mitsva positive de s’en rappeler et de le transmettre à ses enfants. C’est aussi l’un des 10 souvenirs à se rappeler quotidiennement. Et nous comprenons à présent pourquoi la émouna est le fondement dont dépendent tous les commandements.

Conclusion : Emet véémouna / La vérité et la fidélité.

Lorsque vous avez acquis une connaissance spirituelle, la question est :

Serez-vous fidèle à cette connaissance ? Vivrez-vous en fonction d’elle ?

Le problème de la émouna n’est pas l’acquisition d’un savoir, mais c’est le défi d’être fidèle à ce savoir.

Référence

1 – Par exemple dans le verset « Vayehi yadav émouna ad ba achamech – Et ses mains furent fidèles jusqu’au couché du soleil » ; les mains de Moïse se maintinrent en position, elles furent fidèles à leur tache. Le verset ne peut être traduit d’une autre manière : des mains ne peuvent avoir de foi, ni croire en quoi que ce soit.

Mont-Sinai

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